Le nouveau plan d’électrification du Gouvernement parie gros sur la voiture électrique pour sortir de la dépendance au pétrole. Nos territoires doivent-ils y voir la solution miracle ?
La voiture électrique comme pilier du plan gouvernemental de sortie des énergies fossiles
Électrifier les usages serait la voie royale pour sortir des énergies fossiles, et les voitures électriques en sont l’un des symboles les plus visibles. Le gouvernement vise notamment que deux voitures neuves sur trois soient électriques d’ici 2030, en s’appuyant sur des dispositifs comme le leasing social et un renforcement des aides à l’achat.
Sur le papier, c’est une bonne nouvelle pour le climat et pour le portefeuille des ménages : un trajet de 100 km coûte bien moins cher en électrique qu’en diesel.
Mais en réalité, ce choix politique remet une partie de la responsabilité de la transition sur les particuliers, sans traiter suffisamment les causes structurelles de la dépendance à la voiture individuelle.
Un horizon d’électrification trop long face à l’urgence
Même en imaginant une montée en puissance rapide, électrifier l’ensemble du parc prendra (très) longtemps. L’âge moyen des voitures en circulation dépasse 11 ans, et beaucoup roulent jusqu’à 20 ans. À ce rythme, il faudra facilement une vingtaine d’années pour renouveler l’essentiel du parc français, composé de quelque 34 millions de voitures thermiques. Cela semble difficilement compatible avec les objectifs climatiques et la réalité sociale de territoires déjà sous tension.
Pendant ce temps, nos collectivités continuent de gérer congestion, insécurité routière, coût d’usage et d’entretien, qu’un simple changement de motorisation ne résout pas.
La voiture électrique et la planification locale
On voit bien que les collectivités sont sommées d’« électrifier » vite, souvent sans disposer d’une vision claire de la place réelle que la voiture électrique doit occuper dans leur projet de territoire.

Sans non plus connaitre les infrastructures déjà présentes sur le territoire (combien de bornes sur le territoire ? où ? de quels opérateurs ?).
De plus, électrifier le parc ne résout ni l’accidentologie, ni les embouteillages, ni le coût de la voiture individuelle.
La voiture électrique reste un levier parmi d’autres, à considérer au même niveau que le développement des mobilités douces, l’organisation des transports collectifs et des services partagés, ou encore la planification des infrastructures d’énergie renouvelable nécessaires pour alimenter ces nouveaux usages.
Intégrer la voiture électrique dans une stratégie territoriale, c’est donc surtout arbitrer entre usages, densités, alternatives et capacité du réseau.
Dans ce contexte, une question se pose à chaque élue ou élu : « Quels usages je veux vraiment faciliter sur mon territoire ? ». En milieu rural, périurbain ou en urbain dense, les besoins ne sont évidemment pas les mêmes, et la place de la voiture électrique ne peut donc pas être la même non plus.
C’est pour éclairer ces choix que nous nous sommes demandé comment intégrer la voiture électrique dans une planification locale cohérente. Nous y répondons à travers notre infographie « La voiture électrique : les leviers d’une stratégie territoriale », qui propose une grille de lecture pour remettre la voiture électrique à sa juste place dans la planification territoriale.
Les ressources que nous avons utilisées
- Vie publique, Parc automobile : Combien de voitures en circulation en France ?
- Gouvernement, Électrifions la France ! Pour une énergie moins chère, plus souveraine et plus durable.
- Ministère de la transition écologique, Plan électrification : des bornes sur tous les grands trajets d’ici 2035.
- Ministère des transports, SDIRVE sur le réseau routier national aux horizons 2030 et 2035.
- Avis de l’Ademe : Voitures électriques et bornes de recharges.
- Aurélien Bigo, Voitures – Fake or not ? Éditions Tana.


























