Genre et pratique du vélo pour les déplacements domicile-travail

par | Août 20, 2022

A travers une analyse de données, nous examinons le lien entre la pratique du vélo par les femmes pour leurs déplacements domicile-travail et la qualité des aménagements.

Le point de départ de notre réflexion remonte au 28 avril 2022, lorsque les bénévoles de l’association Vélocité ont réalisé un comptage des cyclistes à Angoulême (et auquel notre directeur scientifique a participé). En une 1h30, à heure de pointe (17h-18h30), ils ont compté 306 cyclistes cumulés sur 5 lieux de la ville. Un record historique ! Mais derrière cette bonne nouvelle, un autre chiffre marquant : 3 fois plus d’hommes que de femmes à vélo (75% vs 25%).

Pour un tel échantillon, il ne peut guère s’agir d’un aléa statistique : il y a un phénomène derrière, et nous avons cherché à creuser un peu pour en savoir plus. Nous avons ainsi récupéré les données statistiques de l’INSEE sur la mobilité domicile-lieu de travail. Ces données nous donnent une estimation du nombre de déplacements entre les villes, ainsi que le mode et le sexe des personnes.

Pour les 375 principales villes de France, nous avons ainsi pu obtenir la part modale du vélo et la part de femmes.

On remarque tout d’abord que la part relative du vélo pour les femmes est généralement en dessous de 1. Dit autrement, les femmes sont généralement moins enclines que les hommes à se déplacer à vélo pour se rendre sur leur lieu de travail, et ce dans une majorité de villes.

Autre remarque : on note une tendance à la baisse de cette part relative des femmes à vélo à mesure que la part modale du vélo diminue. Autrement dit : moins la part modale du vélo est élevée, plus la différence de pratique entre hommes et femmes a tendance à s’exacerber.

Qu’est-ce qui explique ces différences de pratiques ? Difficile à savoir précisément mais la sécurité semble être l’un des principaux facteurs, les femmes y étant généralement plus sensibles (voir source en fin d’article). Pour essayer de mettre ce lien en évidence, nous nous sommes appuyés sur les données du Baromètre des Villes Cyclables de la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB). Ce baromètre est plutôt un bon indicateur de la sécurité perçue par les usagers.

Pour des raisons de commodités, nous nous sommes restreints à analyser uniquement la relation « Score FUB » vs. « Part modale vélo » pour les principales villes en Nouvelle-Aquitaine. Le nombre de villes est moins important, mais on retrouve quand même globalement la tendance.

Avec les données de la FUB, on peut ainsi remarquer une autre tendance globale, assez attendue (voir figures ci-dessous) : plus le score au baromètre est élevé, plus la part modale du vélo est élevée. Et donc de manière cohérente, on retrouve ce lien entre la pratique des femmes et la qualité des équipements.

Évidemment, on peut faire plusieurs remarques : la qualité des données sources est discutable (même s’il n’y a pas mieux de disponible à l’heure actuelle), la tendance reste difficile à quantifier précisément, corrélation n’est pas causalité … Toutefois, malgré les critiques (légitimes), c’est déjà un bon indice qui montre que les qualités urbanistiques ont aussi une influence sur le genre des pratiques. D’autre travaux, notamment sociologiques, viennent conforter cette interprétation.

Cela permet d’arguer en tout cas que le manque de volonté politique pour le développement du vélo est aussi un facteur qui participe à maintenir les inégalités homme-femme dans le vécu quotidien de leur territoire. Développer le vélo, c’est aussi réduire les inégalités de genre !

Il y a de nombreuses autres recherches sur le sujet. Voici quelques références et les sources des données :

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